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L'ingénieur 312 - L'industrie du satellite en pleine mutation

Article de "L'ingénieur"

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29/05/2020

cet article est le second article du dossier "L'espace en 2020 : Enjeux et perspectives" paru dans L'ingénieur n°312

L'industrie du satellite en pleine mutation
Une industrie entrainée par la révolution smallsat

A propos de l'auteur
Alexandre Najjar est consultant à Euroconsult depuis 2016, où il travaille sur les rapports de recherche et les missions de conseil spécifiques aux aspects industriels et commerciaux de la fabrication de satellites et de lanceurs. L’expérience d’Alexandre couvre également les microlanceurs, les petits satellites, les applications émergentes et les nouveaux entrants du NewSpace. Il a participé à des missions de conseil couvrant les méga-constellations, la propulsion électrique, les petits satellites, les lanceurs dédiés, les bases de lancement, l’observation de la Terre et la maintenance en orbite (IOS). Il est un contributeur régulier des rapports d’Euroconsult, dont Satellites to be Built & Launched et Prospects for Space Exploration Markets, et il est l’éditeur en chef du rapport dédié aux smallsats Prospects for the Small Satellite Market. 


La révolution smallsat a été permise grâce à la miniaturisation des sous-systèmes et à la digitalisation croissante au sein du secteur. Elle se traduit par l'utilisation de plus de satellites plus légers et à moindre coût, au lieu de larges satellites monolithiques de plusieurs tonnes qui étaient la norme par le passé. 

Les usages, les fournisseurs et les utilisateurs se diversifient également dans une industrie marquée par de multiples nouveaux entrants, notamment depuis le succès technique et commercial de SpaceX qui a montré que l’espace n’était pas un domaine propre aux programmes et budgets gouvernementaux.

Quatre fois plus de lancements à venir

Au cours de la décennie à venir (2019-2028), Euroconsult prévoit une moyenne de 990 satellites lancés annuellement, toutes masses confondues. La demande devrait quadrupler avec 9 900 satellites lancés d’ici 2028, contre 2 300 au cours de la décennie passée. Avec un taux de croissance annuel sur cinq ans de 21 % entre 2019 et 2023, l’industrie du satellite éprouve une transformation rapide et radicale touchant aussi bien au nombre de satellites qu’à leur masse et à leur valeur, dont voici les principales tendances.

De 2019 à 2028, le marché de la fabrication et du lancement de satellites atteindra une valeur marchande de 292 milliards de dollars : 75 % pour la fabrication de satellites, et 25 % pour les services de lancement.

Comparaison du nombre de satellites lancés annuellement et leurs principales applications sur les décennies 2009-2018 et 2019-2028 (prévision). (ndlr : EO = Observation de la Terre). (© Euroconsult)


L'évolution du marché des satellites

Les opérateurs de satellites commerciaux devront gérer des changements significatifs dans le cadre de la transition du marché historique des satellites de communication géostationnaires GEO (orbite à environ 36 000 km) de télédiffusion vers des modèles économiques et des cas d’usages plus axés sur la data. Euroconsult estime que la demande de fabrication et de lancement de ces satellites atteindra une valeur annuelle moyenne de 8 milliards de dollars.

Les constellations en basse et moyenne orbites (respectivement 350–1 000 km et 10 000–20 000 km en général), dites « LEO » et « MEO », concentreront 77 % de la demande en satellites tandis que le GEO n’en représentera que 4 %, mais pour une part de 39 % en termes de valeur. 55 constellations commerciales (d’au moins 5 satellites par constellation) lanceront un total de 6 600 satellites sur la décennie.

Les méga-constellations de smallsats (satellites < 500 kg) pour la connectivité haut débit sont en train de devenir une réalité. Ils entrent en phase de déploiement après la validation technique en orbite des premiers prototypes lancés combinée à de nouvelles levées de fonds pour les projets les plus avancés, OneWeb et Starlink. D’autres projets de constellations plus lourdes (non smallsat) sont également en cours de préparation (Telesat et Kuiper) mais n’ont pas encore passé de contrats auprès de leurs fournisseurs pour garantir leur chaîne d’approvisionnement. Ces quatre méga-constellations (OneWeb, Starlink, Telesat et Kuiper) représentent 39 % de la demande, soit 3 900 satellites, avec des stratégies de mise sur le marché et d’intégration verticale très différentes.

Quels clients ?

Les agences gouvernementales civiles sont les premiers clients de l’industrie du satellite avec 40 % de la demande en termes de valeur, soit plus que les opérateurs militaires et commerciaux. La recherche scientifique, l’exploration spatiale et l’observation de la Terre entraînent cette demande. Côté défense, une période de changements débute avec le remplacement de programmes et la promulgation de nouvelles stratégies par les acteurs établis dont les États-Unis, la Chine, la Russie, le Japon, l’Inde et l’Europe.

Prévisions de croissance du marché satellite global sur la prochaine décennie. (© Euroconsult)

Une reprise de l'activité GEO ?

Pour les intégrateurs industriels, le marché commercial des satellites géostationnaires de télécommunications montre des signes de reprise après le bas atteint l’année précédente. Avec 10 commandes, 2019 a été une meilleure année après les bas de 2017 et 2018. Le marché connaît aussi une croissance de la diversité des plates-formes satellites. Airbus et Maxar ont reçu leurs premières commandes pour des charges utiles haut débit entièrement reconfigurables, permettant aux opérateurs de faire évoluer leurs services et les marchés verticaux desservis. Par ailleurs, de nombreuses missions smallsat sont anticipées au cours de la décennie à venir.

De nouveaux lanceurs pour les smallsats

L’industrie de l’accès à l’espace se diversifie avec l’apparition de nouveaux lanceurs dédiés au marché des smallsats (comme Rocket Lab), et leurs premiers succès techniques et commerciaux. Une douzaine de microlanceur de cette catégorie sont en cours de développement, avec beaucoup de diversité dans leur niveau de maturité technique et  financière. Par ailleurs, les acteurs établis développent une nouvelle génération de lanceurs « GTO-capables », c’est-à-dire capables d’insérer les satellites sur une trajectoire de transfert vers une orbite géostationnaire. Elle arrivera sur le marché dans les deux années à venir dans un effort de réduction des coûts. 

De son côté, le lanceur semi-réutilisable de SpaceX a été très largement accepté par les opérateurs de satellites, et des lanceurs entièrement réutilisables sont en cours de développement.


♦ Alexandre Najjar
anajjar@euroconsult-ec.com 


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